Les normes de qualification sont-elles obsolètes ?

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  • Type
    Etudes / Enquêtes
  • Date de parution
    juin 2021
  • Emploi/Formation, Formations, Métiers/Secteurs
  • Producteur
    Autres producteurs

Depuis 25 ans, la part des catégories socioprofessionnelles de niveau supérieur (cadres, ingénieurs et professions intermédiaires) augmente au détriment des catégories de niveau inférieur (employés et ouvriers).

Cette mutation de la qualification des emplois semble en lien étroit avec l’élévation du niveau de diplôme des actifs : la part des niveaux 6 à 8 est passé de 9% en 1994 à 25% en 2019. Cette progression est d’autant plus forte dans les secteurs de l’industrie, des services et dans la construction.

Cette élévation est le fruit des différentes politiques éducatives dont l’objectif est de rapprocher le contenu des formations aux besoins des entreprises : massification de l’enseignement scolaire et universitaire, réformes européennes (le LMD), rénovation de la voie professionnelle (CAP et Bac pro), développement de l’apprentissage, professionnalisation des études supérieurs (licences professionnelles et masters).

Ces deux évolutions identifiées n’évoluent pourtant pas au même rythme, impliquant un déséquilibre dans la structure des qualifications et des conséquences pour les sortants du système éducatif telles que :

  • un phénomène de déclassement pour les jeunes diplômés qui se retrouvent surdiplômés par rapport aux emplois occupés (au début de leur vie active)
  • un accès à l’emploi, même non qualifié, conditionné par l’obtention d’un baccalauréat, entrainant une insertion professionnelle plus complexe pour les jeunes non diplômés ou les décrocheurs scolaires.

A cela s’ajoute un effet de polarisation des emplois avec :

  • d’un côté, des emplois de plus en plus qualifiés au détriment des non qualifiés notamment dans le secteur industriel en raison de l’automatisation de certaines tâches, l’essor du numérique…
  • d’un autre côté, des emplois non qualifiés qui continuent de progresser notamment dans le secteur des services à la personne et aux entreprises.

Les besoins des entreprises restent pour autant au cœur du sujet. A l’heure où les niveaux de diplômes ne semblent plus forcément corréler aux niveaux de qualification des postes occupés, la logique compétence semble être la nouvelle norme adoptée par les entreprises.

Elle permet, au gré des tensions observées sur les métiers, d’ajuster les profils recrutés non plus sur les diplômes requis mais sur les compétences indispensables. Ainsi, pour un métier peu attractif classé comme faiblement qualifié, la pénurie de main d’œuvre va contraindre l’entreprise à privilégier la motivation et la disponibilité plutôt que le diplôme.

Cette étude pose donc la question de la nécessité d’articuler le registre institutionnel des normes de qualification, fondé sur le diplôme et le registre gestionnaire des normes de professionnalité fondé sur la compétence.